Jeudi 7 septembre 2006 4 07 /09 /Sep /2006 08:41

 

 

Il faut un débat politique sur les OGM

Les derniers évènements qui viennent de troubler le Marmandais : l’arrachage sauvage de 15 ha de maïs OGM et les modes de répression utilisés par la machine judiciaire et administrative m’obligent à prendre parti.

 

Il fallait d’abord préserver l’ordre public et je m’y suis consacré pour protéger ma ville dans un rôle de médiateur qui devait être le mien.

 

Sur le fonds, je ne suis pas sur qu’il eut fallu autant de forces militaires pour appréhender en fin de compte trois primo-délinquants qui se trouvaient là pour la première fois et dont on ne peut pas dire sérieusement qu’il s’agissait de militants enragés de la cause anti-OGM.

 

Mais la vraie question est ailleurs : pourquoi tout ce tapage sur un sujet qui mériterait un débat que le gouvernement escamote !

 

La fabrication d’organismes génétiquement modifiés (OGM) est le résultat des techniques de biologie moléculaire par intervention directe sur la molécule ADN qui est le support de l’information héréditaire des êtres vivants. On isole des gênes et on les transfère d’une espèce à l’autre pour produire des organismes avec des caractéres nouveaux qui n’auraient pas pu exister naturellement.

 

Les possibilités crées par les OGM sont énormes. Elles peuvent conduire au meilleur comme au pire et nul ne peut aujourd’hui mesurer les conséquences de ce mécano biologique !

 

On peut créer des variétés culturales résistantes aux insectes, enrichir la thérapie de certaines maladies humaines, produire de nouvelles matières biodégradables voir même des bio-carburants nouveaux…

 

Mais on peut aussi déboucher sur un monde horrible où Frankenstein aurait sa place avec des drames alimentaires et des bouleversements sur la vie de notre planète elle-même et ses espèces.

 

L’introduction d’un gêne dans le patrimoine génétique d’une plante ou d’un autre être vivant ne peut pas être laissé au bon vouloir du libéralisme commercial qui privilégie toujours le gain immédiat aux conséquences humaines plus lointaines.

 

Il est donc indispensable, que dis je, vital de maîtriser et de réglementer strictement là où le commerce prône à faire n’importe quoi.

 

Tout ceci mérite, on le voit, un profond débat de société que seuls quelques écologistes réclament de manière violente parfois pour essayer de réveiller l’opinion publique.

 

Cette question agite pourtant les militants politiques depuis longtemps.

 

Le protocole bio sécurité constitue le premier document sur la question du commerce international des OGM.

 

A RIO en 1992 est adopté une convention sur la Diversité Biologique ( C.D.B). En 1995 est lancé un protocole de négociation « Bio-sécurité » qui aurait du être adopté à CARTHAGENE en 1999 si les USA ne s’y étaient pas opposés.

 

Le gouvernement JOSPIN avait décrété un  moratoire en 1998.

 

Le 17 octobre 2002 intervenait une nouvelle Directive (2001/18/CE) du Parlement européen et du Conseil relative à la dissémination volontaire d’OGM qui mettait en place une procédure d’autorisation fondée sur une évolution au cas par cas des risques pour la santé  humaine, la santé animale et l’environnement.

 

En France, c’est la Commission du Génie Bio moléculaire (CGB) sous tutelle du Ministère de l’agriculture  qui examine les demandes de dissémination d’OGM a des fins de recherche ou de mise sur le marché.

 

C’est les DRAF qui doivent contrôler les distances d’isolement ou la présence d’une barrière pollinique et en cas de non-conformité des mesures de police administrative peuvent être prises pour éviter une diffusion incontrôlée du transgéne. La Direction générale de l’Alimentation peut ordonner la destruction des cultures en cause et même saisir le Procureur de la République.

 

Mais tout cela reste théorique : les moyens de contrôle sont insuffisants et les expertises très aléatoires. Avec la CGG, le CGB, l’AFSSE, la Commission des toxiques, l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), les essais en plein champ, le comité de bio vigilance… on a avec le saupoudrage d’organismes d’expertises le sentiment qu’on ne fait pas de la recherche pour de la recherche mais pour répondre à des objectifs de marchés commerciaux !

 

Aux USA, on considère que les OGM ne sont pas dangereux jusqu’à preuve du contraire…doit on en arriver là en Europe ?

 

L’enjeu est finalement colossal pour l’avenir de l’espèce humaine elle-même.

 

Voilà pourquoi il faut maintenant un débat politique.

 

Le sénat a voté le 21 mars 2006 un projet de loi sur les OGM dicté par la nécessité d’adapter les directives européennes en droit français, la France étant menacée d’une amende quotidienne de 168 000€ par Bruxelles.

 

L’Assemblée Nationale devait étudier cette question avant l’été. Le débat a été reporté à l’Automne.

 

Je crains que ce projet de loi préparé en catimini, sans débat national ne réponde pas sérieusement aux enjeux posés par la dissémination des OGM, par la dispersion de la culture bio, par le besoin de véritables moyens d’expertise et de contrôle.

 

Un jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 26 juillet 2006 vient d’annuler deux autorisations du Ministre Monsieur BUSSEREAU…. Alors que par ailleurs il faut reconnaître que la recherche médicale, énergétique ou physico-chimique…

 

Pendant ce temps, la France se fait distancer dans ces domaines par d’autres pays européens… Pendant ce temps, le désordre se développe chez nous. Aux fauchages d’OGM, l’état oppose la force de la répression judiciaire pendant que certains politiques n’ont d’autres solutions à proposer que d’insulter le débat et ceux qui veulent le provoquer.

 

Cette question est certainement la plus grave que l’homme partisan du progrès, a à se poser en ce XXI siècle. Il est temps que la politique traite des vraies questions !

 

Voilà pourquoi, je crois que la meilleure méthode pour faire avancer ce dossier n’est pas la violence et la destruction du bien d’autrui… elle est dans la décision politique : aujourd’hui celle ci est déficiente et la  nature ayant horreur du vide on récolte la violence.

 

 

 Gérard GOUZES

 

 

Par Gérard Gouzes - Publié dans : Politique locale et regionale
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